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ME : les filles aux commandes

Avec la Mini-Enteprise, les filles PDG deviennent actrices de leur réussite...

Aurélia Confais

Jeune chercheure en sociologie, spécialiste des questions du "genre en entreprise"

 

 

Aurlia_ConfaisLors du Championnat des Mini-Entreprises 2014, EPA HN a interviewé ses jeunes PDG féminines. De ces entretiens est né un film racontant leurs espoirs, leurs difficultés et leurs réussites. Retour sur la génèse et les objectifs de ce projet avec Aurélia Confais, jeune chercheure en sociologie.

 

 

 

Comment est né ce projet ?

Il est parti d’un constat : le déséquilibre filles/garçons au poste de PDG en Mini-Entreprises. EPA Haute-Normandie a donc décidé de chercher des leviers pour renverser cette tendance. En tant que jeune chercheure en sociologie spécialisée dans la question du genre en entreprise, j’ai pris part au travail de réflexion. Nous avons décidé de réaliser une vidéo porteuse de témoignages auxquels les jeunes filles engagées dans ce projet pourraient s’identifier.

 

Quelle est la cause de ce déséquilibre ?

Face aux postes à responsabilités, les jeunes filles ont peur. Mais cette peur reflète simplement la peur de la société. On le voit dans le film. L’entourage est souvent étonné ou incrédule face à la nomination de leur fille au poste. Néanmoins, une Une fois le déclic accompli, l’environnement proche peut s’avérer un moteur, une une béquille face à la peur. Et aboutir à la déconstruction des stéréotypes.

 

Cette peur pourrait être celle de femmes adultes d’aujourd’hui ?

Oui, les conclusions de ces témoignages rejoignent les travaux sur le sujet qui mettent en avant l’autocensure que s’appliquent les femmes en entreprises. Par exemple, quand Anaïs, de l’EREA Dolto déclare : « Ils ont tous voté pour moi, sauf moi. J’avais voté pour mes autres camarades ». Cette expression dénote qu’elle ne croit pas en ses propres capacités. Elle ne croit pas qu’elle pourra aller au bout du processus.
Les femmes sont éduquées pour être besogneuses, efficaces, mais restent bridées dans l’affirmation d’elles-mêmes, la mise en avant de leurs compétences et de leurs réussites. Ainsi, même si ces jeunes filles ont été socialisées dans un milieu mixte, on voit qu’elles sont quand même formatées dans les rapports de genre. Elles sont soumises aux mêmes pressions sociales que leurs mères.

 

L’expérience Mini-Entreprise peut-elle leur permettre de dépasser cette peur ?

En leur faisant confiance, la mini entreprise leur a permis de se révéler, leur faire prendre conscience qu’elles sont capables. Elles ont appris à quitter l’attitude passive et deviennent actrices de leur réussite. La Mini Entreprise joue cet effet de levier, leur apporte un déclic. C’est une porte ouverte... Dans leur personnalité également. Pour reprendre le témoignage d’Anaïs, elle dit : « j’ai du caractère », c’est une affirmation de soi. Mais on voit ici que le rôle du PDG passe toujours par la masculinité. Pour remplir ce rôle, dans l’imaginaire collectif, il faut avoir de la poigne.

 

Justement, est-ce que la manière d’entreprendre au féminin comporte une différence ?

C’est la projection, le calquage stéréotypé qui fait que l’entreprise devient féminine. Mais au fond, certains femmes peuvent adopter des comportements « masculins » en entreprise, et inversement. Certains hommes ont, dans leur management, des qualités que l’on qualifiera de féminines. En fait, les stéréotypes de la société clivent les qualités et comportements en masculin/féminin, mais nous sommes tous pluriels en fait.

 

Quel impact peut avoir cette vidéo ?

L’image est un excellent vecteur de savoir, elle a beaucoup d’impact. Ces témoignages peuvent donc servir de modèle d’identification pour les futures candidates. Elle peut également aider les professionnels de l’éducation à remettre en cause leurs schémas de pensée.


Pour reprendre l’hypothèse bourdieusienne du développement des sociétés, on est obligé de passer par des politiques de quotas pour booster la présence des minorités dans le système. On a pu constater depuis plusieurs siècles qu’en laissant les choses libres de se faire, l’accession des femmes et des minorités aux postes à responsabilités ne connait pas d’évolution notable pour de nombreuses raisons : autocensure, plafond de verre, sclérose du modèle…


L’idée est donc de forcer le changement pour permettre un déplacement des structures, créer un déclic. Laisser un espace d’expression qui permettra à chacun ensuite de créer un nouveau genre multiple et à composer. Chacun, homme ou femme, pourra adopter des comportements ou des qualités qui lui sont propres et débarrassés de leur clivage genré.

 

Pour lire la vidéo, cliquez sur l'image

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